Une identité à partager
vous etes ici : Accueil » Le patrimoine breton » • Les Saints fondateurs » Sur les traces de Pol Aurélien

Sur les traces de Pol Aurélien

D 25 octobre 2013     H 15:28     A     C 0 messages


JPEG - 77.8 ko
Vestiges Chapelle Ste-Anne

Par une belle journée de septembre, je prends la direction de l’île de Batz (Enez Vaz en breton) sur les traces de Pol Aurélien l’un des sept saints fondateurs de notre Bretagne. Le souvenir de cet évangélisateur qui vécut entre le V et VIe siècle est très présent sur cette île du littoral Léonard. Après une courte traversée au départ de Roscoff, je me dirige vers la Pointe de Penn Baz au sud-est de l’île où le moine accosta. Des dunes de sable émergent les vestiges de l’église Saint-Pol (chapelle désormais placée sous le vocable de Sainte-Anne). Ce sanctuaire probablement construit au XIe siècle à l’emplacement du monastère primitif du Saint fut détruit par les Nortmanni (improprement appelés Viking – terme féminin qui en norois signifie expédition maritime).

Ces derniers feront de cette lande de terre une base avancée pour conduire des expéditions dévastatrices sur le continent. Reconstruite, l’église devint un prieuré dépendant de l’Abbaye St-Mélaine de Rennes avant d’être plus tardivement saccagée par les anglais et utilisée comme dépôt d’artillerie par l’armée royale au XVIIIe siècle. Le service religieux étant devenu impossible l’édifice est progressivement délaissé au profit de la chapelle St-Nicolas de Kerantraon. De nos jours une statue de Saint-Pol, retenant un dragon avec son étole, est présente sur place pour perpétuer son souvenir. A la pointe occidentale de l’île se situe un amoncellement de galets qui porte le nom de Toull Ar Sarpant. Ce chaos granitique masquerait le gouffre où Pol Aurélien aurait selon la tradition ordonné à un dragon, qui terrorisait les habitants de Batz, de disparaitre à tout jamais dans les flots. Certains soirs, quand la tempête frappe la côte, il semblerait que l’on puisse de nos jours encore entendre les effroyables sifflements de colère de l’animal. Poursuivant mon chemin, je me dirige au sud ouest de l’île au pied de la source sacrée de Saint-Pol que la mer recouvre à marée haute. Enfin je termine mon périple dans le centre bourg dans l’église Notre Dame de Bonne Nouvelle du XIIe siècle entièrement reconstruite à la fin du XIXe siècle. Cet édifice conserve l’étole dite de Pol Aurélien du VIIIe siècle (tissus oriental probablement postérieur à l’existence de Pol) et un reliquaire. Dans le chœur se situe un magnifique vitrail et une statue du moine évêque en compagnie de l’omniprésent dragon.

JPEG - 75.9 ko
Toull Ar Sarpant

Pol Aurélien, issu d’une famille noble de Bretagne insulaire, naît dans le sud de l’actuel Pays de Galles à la fin du Ve siècle. Après avoir suivi les enseignements d’Ildut au centre monastique de Llanilltud Fawr - en compagnie d’illustres condisciples tels que Malo, Samson, Gildas et Brieuc- il fait le choix de consacrer sa vie à Dieu. Poussé par le courant migratoire d’évangélisation, il traverse la Mer de Bretagne (La Manche) et se dirige vers la « Britania Minor » (Petite Bretagne ). Il débarque dans un premier temps à Ouessant où il fonde un premier ermitage avant de se diriger vers le continent. Il pose pied à terre à Lampaul-Plouarzel. Il sillonne toute la région environnante et rencontre à Occismor le comte Withur. Ce dernier l’incite à accepter la dignité ecclésiastique d’évêque. Ainsi naît l’un des grands évêchés de Bretagne. L’ancienne cité armoricaine prendra par la suite le nom de Kastel Pol avant de devenir Saint Pol de Léon. Sur la fin de son existence Pol décide de renoncer à son épiscopat pour retrouver la solitude de sa vie monastique antérieure et se consacrer à la prière. Il rejoint son ermitage situé sur l’île de Batz et y finit ses jours à un âge avancé.

La vie de Saint-Pol Aurélien fût largement diffusée et reste de nos jours un terreau de l’identité léonarde et bretonne. Si son combat contre le dragon de Batz est un élément important de son existence il convient de nos jours d’en apprécier le sens. Traversée maritime à dos de baleine ou dans une auge de pierre – domestication d’un animal sauvage- poisson qui se régénère à l’infini - autant d’images légendaires qui auréolent les Vies de nos Saints. Il importe pour autant de ne pas considérer nos ancêtres comme des simples d’esprits ou des personnes candides. Structurées par des moines, ces images avaient pour but de favoriser la mémorisation d’une catéchèse orale envers des habitants privés d’instruction qui n’avaient pas accès à la lecture (mais qui possédaient une éducation probablement bien supérieure à la nôtre). Ce combat contre le dragon de Pol Aurélien doit être considéré comme un symbole d’évangélisation. Un acte destiné à remplacer l’ancien culte par la nouvelle religion que véhiculaient nos Saints dans une région léonarde fortement liée au paganisme.

JPEG - 77.1 ko
St-Pol Aurélien