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Les drapeaux nationaux bretons

D 11 août 2014     H 21:06     A Ronan     C 0 messages


Les avis sont partagés sur cette question, les uns réfutant tel drapeau, les autres ne reconnaissant que telle bannière. Mais nous sommes bien obligés d’admettre, quoiqu’en disent les partisans de diverses causes, que trois étendards sont reconnus et réputés à travers le monde entier comme représentant la Bretagne, ceci depuis douze siècles au moins.

Motivés par la nécessité de se distinguer visuellement, dans le respect des particularismes qu’ils soient religieux, claniques ou stratégiques, les groupes humains ont très tôt cherché à affirmer leur appartenance à une idéologie, un rite, une identité.

La Bretagne a donc affiché et imposé son particularisme parmi les nations du monde par trois drapeaux qui jalonnent son histoire, flottant même ostensiblement tous les trois aujourd’hui dans nos ciels !

Le plus ancien connu est la Kroaz Du (croix noire), bien que nous n’ayons que peu de traces incontestables quant à son origine. La légende veut que les premiers boucliers de bois armés de fer avant et pendant l’époque gauloise furent décorés de noir et de blanc. Mais le goût des hommes pour la couleur et l’absence de preuves irréfutables contredit cette affirmation...

Plus tard, au XIe siècle de notre ère, plus précisément au début de la troisième croisade, la conférence de Gisors organisée en 1188 par le pape Clément III et réunissant Alain Fergent, Henry II Plantagenêt, Philippe-Auguste et Philippe d’Alsace serait à l’origine de la Kroaz Du. En effet, afin de distinguer les diverses nations en route pour l’Asie mineure, elles avaient peint des croix de couleur différentes sur les équipements de guerre.

Les francs étaient représentés par des croix rouges sur fond blanc (plus tard ce seront les anglais qui arboreront ces couleurs), l’Angleterre croix blanche sur fond rouge, les Italiens choisirent la croix verte et les Flamands la croix jaune. Les Bretons optèrent pour la Kroaz Du, soit l’inverse de celle des cousins de la Cornouaille anglaise.

Notre drapeau battra tous les vents sur terre comme sur mer aussi bien pendant la Guerre de Cent Ans, la Guerre de Succession, le Combat des Trente et bien après l’Edit d’aliénation à la France en 1532.

De nombreux ducs se succédèrent depuis Alain Barbetorte mais c’est Pierre de Dreux, dit Mauclerc, qui renouvela l’identité visuelle de la Bretagne indépendante. Si la Kroaz Du resta sur les oriflammes et les bannières, il emprunta à son blason d’un comté de Haute-Normandie les mouchetures noires pour en faire l’emblème breton lors de son mariage en 1213 avec Alix de Thouars, fille de la duchesse Constance de Bretagne, donc petite-fille du duc Conan IV.

Peu à peu les hermines emplirent copieusement écus et blasons, voiles et drapeaux, jusqu’à devenir le symbole à part entière du duché de Bretagne. En 1316, le duc Jean III piquait sur tous les bastions le champ d’hermine plain, l’étendard ducal par excellence.

La nation bretonne restera ainsi symbolisée jusqu’au XVIe siècle jusqu’à ce que les rois de France l’interdisent et ne la remplacent par la fleur de lys, même si certains drapeaux continueront d’associer discrètement les deux entités.

L’amirauté bretonne, principalement sous les ducs et plus tard sous le contrôle du royaume de France, concervera la Kroaz Du mariée aux cantons d’hermine sur tous les navires jusqu’à Richelieu qui l’abolit en 1626 mais qui fut rétablie par Louis XIV. Il faudra attendre la confiscation des droits bretons en 1789 pour voir disparaître définitivement la flamme de la marine bretonne.

Les hermines subsistèrent cependant en héraldique sur toutes les différents supports et dans le respect des identités territoriales jusqu’à nos jours même si certaines localités soucieuses d’imposer l’amnésie culturelle les remplacent parfois par des logos ou pictogrammes sans épaisseur.

Mais la conscience bretonne et ses particularismes se libérant toujours des carcans, de nombreux groupes culturels et politiques ressentent la nécessité de créer un nouveau drapeau, symbolisant à la fois un passé glorieux mais aussi un avenir porteur.

Après maintes propositions et de nombreuses tensions partisanes, c’est le dessin de Morvan Marchal, animateur de Breizh Atao, groupe régionaliste breton, qui est retenu après souscription en 1923.

Les mouchetures d’hermines sont conservées en canton, en mémoire du duché, et bordées de neuf bandes, soit les évêchés. Quatre bandes blanches (Cornouaille, Léon, Trégor, Vannetais) alternées de cinq noires (Nantes, Rennes, St Brieuc, St Malo, Dol) d’inspiration idéologique démocratique à la façon des drapeaux grecs et américains.

Les institutions françaises n’ont évidemment pas manqué de considérer le Gwen-ha-Du comme séditieux voire fasciste, certains groupes indépendantistes se l’étant approprié comme symbole. Mais quid du reste de l’hexagone pour moitié collaborationniste pendant le deuxième conflit mondial et du régime de Vichy tout aussi discutable, le nouveau drapeau breton acquiert ses lettres de noblesse dès la fin de la guerre 39-45 et gagne bientôt toutes les manifestations publiques et tous les édifices municipaux, nouveau symbole de l’unité bretonne, et aujourd’hui réputé à travers toute la planète !

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