PRÉSENTATION -- REPÈRES CHRONOLOGIQUES -- POUR LE DÉBUT DE L’HISTOIRE DES BRETONS -- LE RESCRIT D’HONORIUS -- LA RÉSIDENCE DU ROI MORVAN -- L’EXPÉDITION DE L’EMPEREUR LOUIS EN BRETAGNE EN 818 -- 818, ANNÉE FUNESTE" />
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La naissance des Nations brittoniques

D 8 juillet 2013     H 21:56     A     C 0 messages


 LE RESCRIT D'HONORIUS

On date de 410 la lettre par laquelle l’empereur Honorius enjoint aux « cités de Britannie » de pourvoir elles-mêmes à leur propre sécurité (Zozime, Hist.Nova, L. 6, 10). Comme l’interprète l’historien anglais Conybeare, cette injonction équivaut entre autres à une abrogation de la Lex Julia qui interdisait aux simples citoyens de porter des armes. En effet, le même Zozime avait déjà exposé (6,5) que les habitants de l’île britannique avaient cessé d’obéir aux lois romaines et avaient pris les armes pour libérer leurs cités de l’invasion des Barbares, après quoi ils vécurent dans l’indépendance (OGBA 5.2.10).

Ceci implique deux faits : d’abord l’agression de l’île par des Barbares (et ceux-ci, en l’occurrence, ne pouvaient venir que par la Mer du Nord, puisque la question des invasions iroises était résolue depuis 401), et ensuite que l’île britannique avait encore assez d’hommes prêts au combat pour venir à bout d’envahisseurs (ces combattants, d’ailleurs, pouvaient être de souche britannique ou des colons issus de troupes auxiliaires fédérées).

Mais il faut avant tout noter qu’à partir de cette époque à côté du nom de Britannia, « l’île britannique » est né en Armorique un nouveau nom latin, Brittania, issu du celtique Britto « Britton/Breton », témoignant du rôle dirigeant dévolu aux Bretons dans leur protectorat d’Armorique.

Adressée aux « ciuitates »(provinces celtiques) cette lettre signifie que fonctionnaient les sénats, municipes et autres corps constitués de ces territoires, comme substituts aux fonctionnaires romains préalablement renvoyés (Zozime, 6,5). D’autant plus remarquable est la précision (ibid.) que l’Armorique entière (devenue Brittania) et d’autres provinces de Gallia avaient agi de même. Ceci manifeste une fois de plus la liaison intime de l’Armorique avec la Britannie et l’action concertée de leurs cadres.

LES BRETONS À NANTES

Cette liaison, qui met en jeu la Classis Britannica, la « flotte de Britannie » touche directement la tête de ligne de la partie atlantique de cette flotte, c’est-à-dire Nantes, dont la base militaire n’était pas limitée à la rive droite de la Loire, proprement namnète, mais comprenait tout autant la rive gauche de l’embouchure du fleuve (où le nom de Râtiâte, Rezé, révèle l’existence d’une « citadelle » et Râtiâtensis Uicus la présence d’ateliers de services). Mais surtout, la Notitia Dignitatum (état des charges de l’Empire vers 400) indique que, dans le Tractus Armoricanus, à Rotomagus -Rouans en Retz- était installée la Legio Ursariensis -Légion de l’Ours, recrutée en Calédonie, c’est-à-dire composée de Bretons, qui a inscrit des marques évidentes de sa présence.

Le Pagus Râtis (ou Râtensis) faisait donc partie de l’Armorique autonome. Mais il n’est pas invraisemblable que le littoral de l’Aquitaine au nord de la Gironde ait suivi le mouvement et justifié ainsi le pluriel des « autres provinces » mentionnées par Zozime.

Une autre partie de l’Armorique était aussi le Cotentin avec sa place- forte de Coriuallum (du celtique *Koriowalon., « enceinte d’armée »). Le nom moderne de Cherbourg est en effet une francisation du normand Kerborg, lui-même germanisation d’un breton Kerwal. On peut donc considérer que l’Armorique autonome protégée par les Bretons au Vème siècle avait pratiquement la même étendue que le royaume de Bretagne sous Erispoé. Vues sous cet angle les soi-disant « acquisitions » des « rois » bretons aux dépens des Carolingiens étaient en réalité des restitutions.

GERONTIUS VIRACUS

En 410 pour la Britannie et l’Armorique, le pouvoir romain était représenté par l’« usurpateur » Constantin III, dont les troupes provenaient justement en majeure partie de Britannie. En attribuant, par autorité impériale, l’autonomie aux cités de Britannie, Honorius privait Constantin d’une source de pouvoir apparemment non épuisée. Or il est remarquable que le rescrit impérial intervient précisément à l’époque où le bras droit de Constantin III, le Breton Gerontius, Comes Tractus Armoricani, vient de rompre avec lui (du fait d’une tragique mésentente). Il serait difficile de voir là une simple coïncidence. Effectivement la suite des événements fait apparaître Gerontius comme devenu allié d’Honorius. Après avoir combattu et tué Constant, le fils de Constantin, il assiège ce dernier en Arles, puis, lorsqu’arrive le Ptrice Flavius Constantius, général d’Honorius, il lui laisse une part de ses troupes et se rend en Espagne. Il y trouvera la mort avec Nonnechia son épouse ; mais sa famille reste en Armorique la lignée dominante. Si l’on en croit Pierre le Baud l’un de ses fils, Salomon, (le Selyv des généalogies) aurait épousé Caecilia, fille de Flavius Constantius. Information peut-être incontrôlable, mais tout à fait vraisemblable dans le contexte. Un autre de ses fils, Riwal, surnommé Deroc, est présenté comme le premier détenteur et organisateur du pouvoir breton en Armorique, et son petit-fils, Riotamus, sera à la tête des Bretons « installés sur la Loire » dans la seconde moitié du Vème siècle. Pompeia, mère de saint Tudwal était une des filles de Gerontius.

On a donc tout lieu de reconnaître à Gerontius un rôle essentiel dans la fondation de la Bretagne armoricaine, et notamment dans l’inspiration du « rescrit d’Honorius ».

En conclusion on devra noter que ce rescrit impérial fait de l’Armorique bretonne la première nation continentale autonome issue officiellement de l’empire romain.

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