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La Bretagne et son Histoire

D 16 janvier 2011     H 18:59     A     C 0 messages


La Bretagne sous la Révolution française

A) Les débuts de la Révolution

Sous Louis XVI, le Parlement et les États de Bretagne continuèrent de s’opposer à l’autorité des agents du roi cherchant sans relâche à limiter leurs pouvoirs en matière d’administration provinciale. Ce courant d’opposition qui ralliait la sympathie de l’opinion bretonne de l’époque, et plus encore le mécontentement des classes populaires dont les conditions d’existence étaient devenues misérables, expliquent l’adhésion des Bretons aux idées nouvelles qui préludaient à la Révolution française.
Les élections aux États généraux, convoqués pour le 1er mai 1789, suscitèrent un grand espoir dans la masse du peuple. A Versailles, les élus du tiers état (la noblesse et le haut clergé s’étaient refusés à désigner des représentants) se distinguèrent dès le début par leur fermeté dans les conflits avec le roi et la cour. Ils se groupèrent en un cercle, le Club breton, d’où devait sortir plus tard le fameux Club des jacobins.
Lors de la célèbre nuit du 4 août 1789, au cours de laquelle l’Assemblée constituante, présidée pour la circonstance par Le Chapelier, député de Rennes, décida d’abolir les privilèges, c’est Le Guen de Kerangal, député de Lesneven, qui enleva le vote par la harangue enflammée qu’il prononça à la tribune. C’est en Bretagne aussi que prit naissance le mouvement qui devait aboutir, le 14 juillet 1790, à la grandiose fête de la Fédération. Dès l’été 1789, six paroisses du Cap Sizun s’étaient ainsi fédérées afin de prévenir les tentatives possibles de contre-révolution. Leur exemple fut suivi par Pontivy où accoururent à l’instigation de l’étudiant morlaisien Morea, (le futur général de l’armée du Rhin) près de deux cents gardes nationaux bretons et angevins.
Avec la destruction de l’ancien régime disparaissaient du même coup les anciennes institutions de la Province, auxquelles demeuraient attachés la plupart des Bretons. Celle-ci fut divisée sur le modèle de la France entière en cinq départements par décret du 22 décembre 1789.

B) La question religieuse

Partout les « patriotes » s’employaient avec zèle à l’organisation du nouveau régime. Celui-ci, en mettant fin aux privilèges et au chaos administratif, et en proclamant l’égalité de tous les citoyens, ne pouvait que répondre au désir général des populations. Mais les choses se gâtèrent après que l’Assemblée eut voté, le 12 juillet 1790, la constitution civile du clergé dont Lanjuinais, avocat de Rennes, était un des auteurs. Quatre des neuf évêchés bretons furent supprimés. Le bas-clergé (recteurs et vicaires des campagnes) qui avait été dans son ensemble favorable jusque-là aux réformes politiques, se montra cette fois docile à la voix de ses évêques et refusa de se soumettre à la nouvelle législation religieuse, dénoncée d’ailleurs catégoriquement par le pape. Il n’y eut, en Bretagne, qu’un prêtre sur huit à prêter serment de fidélité à la Constitution civile. Ceux qui s’y refusèrent, les insermentés ou réfractaires, se condamnèrent à la clandestinité, mais gardèrent la confiance de leurs anciens fidèles, surtout dans les campagnes. Par contre, le clergé constitutionnel, dans les rangs duquel figuraient pourtant des hommes de valeur comme Le Coz, archevêque de Rennes, et Expilly, le savant évêque de Quimper, n’obtint pratiquement aucune influence sur les masses populaires.

C) Le fédéralisme et la Terreur

Sur les 43 députés bretons élus à la Convention, 14 seulement votèrent la mort de Louis XVI. Beaucoup d’entre eux se méfiaient des sections parisiennes et de la Commune de Paris à cause de la domination qu’elles prétendaient exercer sur l’Assemblée. Leur attachement à la Révolution demeurait toujours aussi ferme, mais la politique de violence et de centralisation excessive que pratiquait le Comité de salut public les rendait inquiets. Aussi presque tous prirent-ils le parti des Girondins, c’est-à-dire des fédéralistes et des modérés, contre celui des Montagnards, résolus à poursuivre beaucoup plus loin l’action révolutionnaire. Les départements bretons, le Finistère en particulier, armèrent des bataillons de volontaires pour le compte de l’armée fédéraliste qui tentait de se constituer en Normandie. Devenue victorieuse des Girondins, la Montagne ne pardonna pas à ceux qui s’étaient opposés à son zèle révolutionnaire. Vingt-six administrateurs du Finistère furent condamnés par le tribunal révolutionnaire institué à Brest et guillotinés en mai 1794.
Les anciens patriotes de 89, accusés de modérantisme, furent écartés des administrations et parfois incarcérés. La persécution religieuse s’intensifia et finit par s’étendre au clergé constitutionnel. Choisissant ses victimes parmi les prêtres réfractaires, les chouans, les suspects de toutes sortes, et quelquefois parmi les femmes, la Terreur sévit partout avec une implacable rigueur.

D) La Chouannerie

La division du clergé breton, en jetant le trouble dans les consciences dès la fin de 1790, devait créer un climat d’effervescence favorable à l’éclosion de mouvements contre-révolutionnaires. Le premier fut l’Association Bretonne de La Rouerie, héros de l’indépendance américaine, qui forma les cadres de la future chouannerie, mais ne put, après avoir réclamé une Constitution bretonne, appliquer son programme parce que son chef fut victime d’une trahison. Les troubles éclatèrent en mars 1793 lorsque la Convention, en guerre contre les monarchies européennes coalisées, dut multiplier les réquisitions (grains, fourrages, bétail...) et décréter la mobilisation de 300 000 hommes, puis une levée en masse qui se traduisait en fait par l’enrôlement obligatoire des hommes de 18 à 25 ans. Les révoltes se produisirent dans le Léon, autour de Saint-Pol-de-Léon et de Saint-Renan, dans les pays de Lamballe, de Fougères, de Vitré, et surtout dans la région qui s’étend de Pontivy à Nantes. Cependant, d’une façon générale, les paysans bretons satisfaits de la suppression du mode d’exploitation que l’on appelait « le domaine congéable », ne prirent pas part à la Chouannerie dont les effets allaient se prolonger jusqu’à l’avènement de Bonaparte. Le pays gallo y participa, ainsi que le Morbihan, mais le reste de la province demeura à l’écart de ce vaste mouvement insurrectionnel dévié en contre-révolution catholique et royaliste. Les chefs bretons les plus marquants en furent des gentilshommes, tels Boishardy dans les Côtes-du-Nord, Boisguy en Ille-et-Vilaine, lieutenant du marquis de La Rouërie ; ou des paysans comme Jean Cottereau, dit Jean Chouan dans le pays de Vitré, Guillemot surnommé le « roi de Bignan ». Le plus célèbre de tous fut le morbihannais Georges Cadoudal.
En juillet 1795, une petite armée d’émigrés convoyée par une escadre anglaise tenta de se joindre aux chouans du Morbihan. Le débarquement ne réussit pas. Bloqués par Hoche dans la presqu’île de Quiberon, les rebelles durent capituler. Près de 800 d’entre eux, au nombre desquels figurait le dernier évêque de Dol, furent passés par les armes à Auray et à Vannes.
Ce désastre ne mit pas fin à la chouannerie. Le calme et la paix religieuse ne revinrent qu’après la prise du pouvoir par Bonaparte. Encore restait-il des irréductibles qui complotèrent contre le premier Consul. Le plus obstiné de tous, Georges Cadoudal, arrêté par surprise, fut décapité à Paris en 1804.
Les derniers sursauts de la chouannerie se produisirent pendant la période des Cent Jours, alors que se jouait à Waterloo le sort de l’Empire, puis en 1831-1832 lorsque la duchesse de Berry tenta, en vain, de provoquer un soulèvement contre la monarchie de Juillet.


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