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Gilles de Rais

D 5 décembre 2016     H 10:14     A Ronan     C 0 messages


Le 26 octobre 1440 était exécuté Gilles de Rais sur ordre du duc de Bretagne. Il est considéré comme le barbe-bleu. Orphelin, et riche seigneur de Retz, région au sud de Nantes, il fut éduqué par son grand-père maternel, l’angevin Jean de Craon, qui fit enlever la riche Catherine de Thouars, dame de Tiffauges, de Pouzauges, de Mauléon, dans le Bas-Poitou, de Confolens, et autres terres, pour la marier à Gilles.
 

La guerre de Cent ans avait transformé bon nombre de chefs de guerre en chefs de bande sans foi ni loi, et Jean de Craon et Gilles en furent, sans doute parmi les plus riches et les plus dangereux. Dès 1425, avec une centaine d’hommes d’armes, Gilles participa activement, à des actions menées par Arthur de Richemont, alors connétable de France, contre les Anglais. Il fut présent lorsque Jeanne d’Arc rencontra à Chinon le roi Charles VII (février 1429). Il était à ses côtés lorsqu’elle entra triomphalement dans Orléans (30 avril 1429). Gilles suivit la Pucelle d’Orléans dans la reconquête de la vallée de La Loire, et participa aux victoires de Jargeau, de Meung, de Beaugency et enfin de Patay (juin 1429). Le 16 juillet, il devint un des quatre maréchaux de France. Il n’était plus aux côtés de Jeanne d’Arc lorsqu’elle fut faite prisonnière. Il tenta de la délivrer par un coup de mains sur Rouen. Après sa mort, Gilles semble avoir voulu la venger. En 1435, il pourchassa Jean de Luxembourg, celui qui avait vendu Jeanne d’Arc, alors sa prisonnière, aux Anglais, mais ses hommes refusèrent de le suivre car Gilles n’avait plus d’argent pour les payer. Gilles dépensa sans compter pour célébrer la mémoire de Jeanne. Il finança les Mystères du siège d’Orléans, une série de spectacles retraçant les principaux épisodes du siège, réunissant plus de 500 acteurs, dont lui-même, habillés luxueusement. Pendant plusieurs mois, à partir de mars 1434, la ville devint un immense théâtre. Gilles déboursa 90 000 écus d’or, somme colossale.
 

En fait, les années de gloire étaient terminées. L’argent finit par manquer. Ses très nombreuses terres en Anjou, en Poitou, et en Bretagne se trouvaient dans des régions ravagées par la guerre. Pour entretenir ses hommes, il les laissa piller. Ils s’attaquèrent même aux biens de la belle-mère du roi, Yolande d’Aragon. Gilles vivait bien au-dessus de ses moyens et fut contraint de vendre son patrimoine morceaux après morceaux, en commençant par les parties les plus éloignées de Retz, le noyau principal de sa fortune. Celui qui en profita le plus fut le duc Jean V de Bretagne qui voyait ainsi un moyen d’agrandir ses possessions en Anjou et en Poitou. Il acquit Ingrandes, Champtocé, Pornic, Machecoul, Bourgneuf. Ses conseillers l’aidèrent aussi. Jean de Malestroit, évêque de Nantes, chancelier du duché de Bretagne, paya pour avoir les châtellenies de Vue et de Prigné et les domaines de Bois-aux-Tréaux et de Saint-Michel-Chef-Chef. Le Trésorier de Bretagne, Geoffroy Le Ferron, prit le contrôle des terres de Souché et des Jammonières. Il semblerait que Gilles ait perçu alors un total de 20 000 écus. Cependant, les héritiers de Gilles firent annuler les transactions avec le duc. Furieux, contre 100 000 livres, Gilles confirma au duc ses cessions. Jean V lui accorda six ans pour payer cette dette. Gilles accepta et signa alors sa perte. Pour lui, ce n’était pas grave. Ses alchimistes lui avaient promis de lui fabriquer de l’or à profusion. Ce qu’il ne savait pas, c’était que l’évêque de Nantes, commençait à enquêter sur lui.

On se demande s’il prit conscience de ce qu’il faisait, le 25 mai 1440, lorsqu’avec soixante hommes d’armes, il fit prisonnier en pleine messe le prêtre Jean Le Ferron. Pour le relâcher, il l’obligea à lui céder ce qu’il avait acquis sur lui à Saint-Etienne-Mer-Morte. L’affaire aurait pu s’arrêter là si Gilles n’avait pas fait prisonnier ceux qui étaient venus négocier la libération de Jean Le Ferron : Guillaume Le Ferron, évêque de Saint-Pol-de-Léon, frère de Jean et du Trésorier de Bretagne ; Guillaume Hautrays, receveur des taxes ducales et Jean Rousseau, sergent général du duché. Le duc Jean V montra alors toute sa fureur, leva des troupes et réclama à son vassal le paiement d’une amende de 50 000 livres, et bien sûr la libération de ses officiers. Le piège se referma lorsque Gilles de Rais quitta alors la Bretagne pour Tiffauges et se plaça ainsi sous la juridiction royale, ce qui n’empêcha pas Arthur de Richemont d’intervenir. Ce dernier, même s’il était connétable de France, était connu pour agir pour son propre compter et celui de son frère, le duc Jean V. Machecoul tomba rapidement. Les prisonniers furent délivrés. Il ne resta plus à Gilles qu’à se soumettre. Il partit à Vannes, au début juillet, rencontrer le duc de Bretagne. Tout dut bien se passer car le sire de Retz revint dans ses terres. Cependant, le 30 juillet, il recevait une lettre d’accusation d’hérésie provenant de l’évêque de Nantes. Arthur de Richemont, de son côté, le 24 août 1440, prit Tiffauges. Le même jour, en récompense, Jean V lui accorda certains biens confisqués de Gilles.
 

Deux agents du duc et de l’évêque de Nantes vinrent arrêter Gilles dans son château de Machecoul. Étrangement, Gilles ne résista pas. Il aurait pu s’enfuir, mais vers où ? Il n’avait plus aucun soutien à la Cour. A Nantes, Gilles de Rais fut incarcéré dans La Tour neuve chez le duc, dans un certain confort. Si ses serviteurs de Gilles se retrouvèrent au cachot, Gilles demeurait dans les étages nobles du château. A sa première comparution, le 19 septembre, Gilles s’emporta faisant sentir à tous la supériorité de son rang. A sa seconde comparution, l’accusé en appela à l’Inquisition et sans doute aussi au roi de France. A la troisième, le 13 octobre, où furent lus les 49 articles de l’accusation, où Gilles fut accusé des pires crimes, invocation des démons, alchimie, sodomie, assassinat, sorcellerie, hérésie, satanisme, Gilles injuria la cour et refusa de reconnaître sa validité. Jean de Malestroit répliqua en l’excommuniant. Deux jours plus tard, à sa quatrième comparution, Gilles se révéla plus sage et reconnut la compétence des juges. Son excommunication fut levée.
 

Mais que s’est-il passé pour que le sire de Retz change autant son comportement ? La peur de l’excommunication ? On peut en douter à une époque où cette arme ne faisait plus peur aux Grands. En fait, les témoignages contre lui affluaient. Depuis le 18 septembre se succédèrent près de 140 témoins tous originaires de l’évêché de Nantes, tous issus des milieux modestes. Tous racontèrent à peu près la même chose : la disparition d’un de leur enfant. Mais on ne trouva aucun cadavre comme preuve. Pour tous, c’était bien normal car les corps, pour certains 140, d’autres 600, après avoir été dépecés étaient brûlés dans la cheminée du château. La description des crimes de Gilles dut être effroyable, même à une époque où sévissaient les Ecorcheurs. Ses complices enlevaient les enfants, la plupart du temps de jeunes garçons, leur promettant une vie plus facile au château de Gilles. C’était surtout le rôle de la Meffraye, une femme habillée de noir, couverte d’un voile noire, archétype donc de la véritable sorcière. Elle comme d’autres auraient livré leurs prisonniers à Gilles qui les torturaient, avant de les sodomiser et de le tuer. Il aurait pris son plaisir à les voir souffrir et mourir. Le but était aussi de contenter le démon Baron. Que Gilles ait été homosexuel, c’est probable. Qu’il ait été pédophile, c’est possible. Qu’il ait perpétré autant de crimes, c’est franchement difficile à croire. Pendant des années, Gilles aurait agi impunément… sans que personne de son entourage ne le trahisse, alors que Gilles avait des ennemis et que ses héritiers auraient aimé intervenir pour l’enfermer comme fou. Par ailleurs, il faut mentionner que la disparition d’enfants ou même d’autres disparitions étaient monnaie courante en Poitou et en Anjou à l’époque de Gilles. Les victimes appartenaient à des régions particulièrement touchées par les déprédations des soldats.
 

Mais Gilles ne se montra guère coopératif. Il se présenta à tous comme un « saint pécheur » recherchant comme tout bon chrétien son salut. Il pleura et fit savoir à tous son repentir. La situation devint alors difficile pour ses juges. Comment pouvaient-ils condamner un si bon chrétien, repentant, maréchal de France et membre de la plus haute noblesse de ce royaume ? Et pourtant, la sentence devait être suffisamment ignominieuse pour justifier les confiscations que Jean V avait fait procéder, pour ne permettre ni à Gilles, ni à ses héritiers de rien réclamer. Il fallait se débarrasser de Gilles. Il ne restait plus qu’à le contraindre par la force à avouer l’indicible. Le 20 octobre, il fut décidé qu’il devait subir la torture. On peut penser qu’en lui laissant une journée pour réfléchir, ses juges lui permirent de faire un choix : avouer sous la torture ou sans la torture. Les jeux étaient faits. Gilles se savaient seuls. Son destin était scellé. Il ne lui restait plus qu’à négocier pour son exécution. Il est certain qu’il ne voulait pas mourir brûler vif dans les pires souffrances comme un hérétique. Il dut monnayer son attitude lors du procès. Le 21, il confessa, dans sa prison, aux juges, avoir commis le crime et le péché de sodomie, le délit d’assassinat, l’invocation aux démons, etc. Le 22 octobre, il effectua des aveux publics, si épouvantables que Jean de Malestroit couvrit d’une étoffe un crucifix. Gilles ne fit que reprendre les dires de ses anciens serviteurs qui l’accusaient. Trois jours plus tard, la cour ecclésiastique le déclara coupable d’hérésie et de crimes sur des enfants. Ce fut alors au tour de la cour civile, celle du duc, de jouer. Gilles fut condamné à 50 000 écus d’amende pour rébellion contre son seigneur, le duc Jean V, mais aussi à la pendaison. Gilles était donc parvenu à obtenir un compromis. Jean V et Jean de Malestroit obtenaient ses biens, mais il ne serait pas brûler vif comme Jeanne d’Arc. Il allait mourir pendu, puis son corps allait être brûlé. Mieux encore, il aurait droit à une sépulture chrétienne digne d’un grand seigneur. Après une grande procession dans Nantes, ses restes devaient être placés dans une châsse qui serait confiée aux prestigieux Carmes de Nantes. Tout fut réalisé selon sa volonté. Le 26 octobre 1440, à Nantes, eut lieu son exécution en présence du duc de Bretagne et d’une foule nombreuse. Gilles était accompagné de Poitou et d’Henriet, ses serviteurs favoris, qui eurent moins de chance que lui car ils furent brûlés vifs après la mort de leur maître. 
 

En fait, Gilles marque bien sûr la fin d’une époque où les grands seigneurs pouvaient tout faire selon leurs bons plaisirs, leurs talents excusant tout mais aussi l’apparition d’une autre époque où les princes imposaient leur volonté utilisant des moyens que défendit et théorisa Machiavel.

Frédéric Morvan

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