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Génocides

D 6 mars 2012     H 12:19     A     C 0 messages


Les députés français ont adopté en décembre 2012 une proposition de loi visant à pénaliser la négation du massacre arménien de 1915 sous l’empire ottoman. Au delà de toute polémique politicienne, saluons ce devoir de reconnaissance, à la mémoire de plus d’un million de victimes.

Mais la diplomatie ne doit pas en profiter pour dissimuler des exactions comparables perpétrées par la France, même si les pertes humaines furent à chaque fois numériquement moindres. Colonialisme sous la royauté, occupation en Algérie plus récemment, il y va d’un certain autisme de la France, et surtout de la Première République, pour ne pas évoquer la Guerre de Vendée. Qui s’en souvient, hormis quelques rares descendants doués de mémoire ?

La Guerre de Vendée s’était soldée par 80.000 civils massacrés, dont les insurgés, rien que dans le bassin nantais auxquels il faut ajouter environ 40.000 autres dans les terres d’Anjou, du Maine et de Bretagne.
On évalue aujourd’hui le total des victimes, toutes tendances confondues, à plus de 150.000.

Que s’est-il passé ? Le soulèvement des populations vendéennes et ligériennes s’explique d’une part par le climat de résistance entretenu dans la population majoritairement chouanne et d’autre part à cause de nouvelles réformes fiscales plus écrasantes, sous l’autorité arrogante et sans pitié des hauts-fonctionnaires et juristes ultra-républicains, que sous le gouvernement royal. La politique de débretonnisation est virulente, les devoirs civils deviennent récurrents. La Convention ajoute en plus la Conscription, ce qui met le feu aux poudres.

La confiscation des cultes religieux mène à l’exaspération du peuple, la pauvreté gagne toute la société. Des guérillas rurales se forment partout, principalement dans les campagnes et dans les faubourgs, et se heurtent aux fusils de la République. Des émeutes deviennent incontrôlable, à St-Florent-le-Vieil entre autres. Les groupes de rebelles bretons fusionnent pour former en quelques jours toute une armée qui converge vers Nantes. C’est la Levée des trois cent mille hommes.

Le 21 brumaire de l’An II (11 nov. 1793), Paris annonce aux citoyens du peuple réunis à Rennes que le Comité de Salut Public a arrêté un plan vaste général tels que les brigands doivent disparaître en peu de temps non-seulement de la Vendée mais de toute la surface de la République. Quatre jours plus tard, toujours à Rennes, le Représentant du Peuple, le sieur Garnier reçoit cet missive : Les forces républicaines vont se dérouler avec un développement si terrible que bientôt non seulement la Vendée mais encore la surface de sol libre seront purgées des rebelles. Les trois cent mille soudards sont écrasés et dispersés sur les rives nord de la Loire, les révoltés épargnés rejoignant le soulèvement vendéen qui fait route vers Angers et Le Mans. Un décret éloquent de la Convention est publié le 2 octobre 1793 : Soldats de la Liberté, il faut que les brigands de la Vendée soient exterminés avant la fin de ce mois. Le salut de la Patrie l’exige, l’impatience du Peuple le commande. Son courage doit l’accomplir. La reconnaissance nationale attend à cette époque tous ceux dont la valeur et le patriotisme auront affermi sans retour la Liberté et la République.

La triste Virée de Galerne se soldera par de nouveaux massacres à Savenay (décembre 1793) et la Poitevinière (janvier 1794).
Il n’y a plus de Vendée, clame Westermann à la Convention, elle est morte sous notre sabre libre avec ses femmes et ses enfants. Suivant les ordres que vous m’avez donnés, j’ai écrasé les enfants sous les pieds de mes chevaux, massacré les femmes qui n’enfanteront plus de brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher, j’ai tout exterminé.

Après trois années de régime autoritaire post-révolutionnaire, puis pendant dix mois interminables de persécution, les populations du Val de Loire, de Vendée et de Sèvres seront terrorisées avec moult raffinements de cruauté. Viols, piloris, abattages en règle, dépeçage et tannage de peaux humaines, des familles entières seront enfermées dans des sacs cousus et jetées dans la Loire. Rien qu’à Nantes on estime au moins 10.000 noyés de la sorte. Les colonnes infernales de Turreau continuent pendant ce temps leur sinistre traque dans l’arrière-pays vendéen. Carrier hurle partout : Nous ferons de la France un cimetière plutôt que de ne pas la régénérer à notre façon. Les fusillades d’Etat feront encore au moins 2.500 victimes à Avrillé (avril 1794). Fermes dévastées et brûlées, troupeaux et récoltes détruites, pendaisons collectives, villageois séquestrés dans des granges incendiées, dagues et machettes n’épargnant aucun survivant, pas même les enfants.

Une véritable épuration ethnique, dirait-on aujourd’hui. La Terreur ne cessera qu’à la chute de Robespierre, guillotiné le 28 juillet 1794. En moins d’un an les habitants de la Bretagne ligérienne et surtout ceux de la Vendée ont perdu un tiers de la population. Toutes les familles d’ici se souviennent de leurs ancêtres assassinés, car leur souvenir ne se transmet que chez elles, ces événements n’étant pas dans les programmes scolaires. Pas de Cour Pénale Internationale pour les sinistres artisans de la Guerre de Vendée, pas de Reconnaissance de l’Etat français, pourtant fils de l’Eglise et de la Convention. Un jour férié avec feu d’artifice qui n’est pas le 28 juillet 1794, on a les héros officiels que l’on peut... !

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