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De Nominoé à François II - 830 à 1532

D 16 juin 2018     H 12:28     A     C 0 messages


 • MAISON de MONTFORT

JEAN IV, le Conquérant

La guerre est terminée mais les Bretons restent divisés.
Jean IV veut restaurer l’autorité ducale, mais il ne sait pas faire les gestes pour une vraie réconciliation. De plus il demeure l’obligé du roi d’Angleterre. Les Anglais possèdent encore des terres, ils sont encore nombreux dans l’entourage ducal et occupent des postes importants. L’anglophobie des Bretons reste grande.
Il veut rester en dehors du conflit franco-anglais mais ses efforts sont souvent brouillons et on l’accuse de double-jeu.
Un projet de traité avec l’Angleterre sert de prétexte au roi de France pour faire entrer ses troupes en Bretagne avec Duguesclin. En 1373, Jean IV part en exil en Angleterre.
En 1376, le roi de France Charles V croit le moment venu de réunir la Bretagne à la France et une sentence du Parlement de Paris se prononce en ce sens.Faute politique majeure de Charles V : c’est une provocation pour les Bretons et elle bafoue aussi bien les droits du duc déchu que les prétentions des Penthièvre.
Aussitôt Jeanne de Penthièvre assure Jean IV de son soutien et les Bretons le rappellent.Il est accueilli à Dinard par Jeanne de Penthièvre et les barons dans l’enthousiasme général, le 3 août 1379.Duguesclin n’intervient pas.
Par le deuxième traité de Guérande (15 janvier 1381) , la neutralité bretonne est reconnue. Jean IV fait allégeance de pure forme à Charles VI.
Il consolide le pouvoir ducal par une sévère politique intérieure.
A la fin de son règne, il peut mener une véritable politique neutraliste à l’égard de la France et de l’Angleterre. Après avoir évité la conquête, il évite l’assimilation par l’Angleterre ou par la France. Depuis 1389, grâce à son habileté, il acquiert le droit d’agir en prince indépendant.
Au plan économique, la Bretagne de 1400 est insérée dans le réseau des routes maritimes internationales avec l’Espagne, le Portugal et surtout l’Angleterre. D’où le développement de l’économie bretonne, surtout alimentaire (sels de Guérande et de Bourgneuf, céréales, vin, produits d’élevage).
Le commerce se développe avec la naissance d’une marine prospère, l’activité des marchands de sel et des fabricants de toile, le commerce des céréales et des vins transitant par la Bretagne.
En 1373, Jean IV décrète la formation d’une flotte armée pour protéger des pirates les ports et les navires marchands bretons : c’est l’organisation du convoi de la mer, la « caravane ».
Il crée l’ordre de l’Hermine en 1381.
Il meurt en 1399 et est inhumé dans la cathédrale de Nantes.
Il a fait de la Bretagne un pays riche.
Le règne de Jean IV est une transition entre deux âges de l’histoire de la Bretagne.

La situation de la Bretagne à la mort de Jean IV

1 - A l’intérieur :

- De profondes divisions
- Un puissant parti pro-français. Beaucoup de grands seigneurs, hostiles au pouvoir ducal ( ex. les Rohan, les Rieux ) et favorables à la France qui leur apporte honneurs et charges. Le haut clergé adopte la même attitude.
- La famille ducale a des tendances pro-anglaises, à cause du comté de Richemond.
- La bourgeoisie commerçante a besoin de l’amitié anglaise pour développer le commerce maritime.
- Mais le peuple breton et la petite noblesse ont une puissante volonté d’indépendance.
Ils sont attachés à « leur duc ». Ils l’ont montré en 1379 quand le roi de France a voulu annexer le duché.

2 - A l’extérieur :

- Une situation instable entre la France et l’Angleterre.
- Avec l’Angleterre les intérêts économiques poussent la Bretagne et l’Angleterre à s’entendre. Mais le comté de Richemond est confisqué par Henri II d’Angleterre en 1399.
- Avec la France, c’est la méfiance qui règne car les rois de France ont le dessein d’annexer la Bretagne, surtout à cause de sa situation stratégique pendant la guerre de Cent Ans .

En 1400, la situation de la Bretagne devient périlleuse car la guerre va reprendre entre la France et l’Angleterre.

JEAN V, le Sage ou le pacifique

Il règne de 1399 à 1442
En 1399 Jean devient duc à l’âge de 10 ans.Sa mère gouverne quelques années puis il est confié à la tutelle du duc de Bourgogne , son oncle.
- De 1406 à 1411, il s’allie avec les Armagnacs, sans rompre avec les Bourguignons.
- De 1411 à 1420, Jean manoeuvre adroitement en évitant de trop s’engager.
- En 1420 : complot des Penthièvre contre Jean V avec la complicité du dauphin de France , le futur Charles VII . Jean V est fait prisonnier mais sa femme, Jeanne de France, avec l’aide des seigneurs (même la haute noblesse) et des paysans bretons les oblige à délivrer le duc. Ils doivent s’exiler, leurs biens sont confisqués et partagés entre les autres grands.
Jean V revient à une stricte neutralité vis-à-vis de la France, mais sa méfiance s’est encore accrue.
- De 1420 à 1442 : politique de paix et de neutralité renforcée. Il devient peu à peu l’arbitre de l’Europe occidentale.
Il meurt en 1442. Il est inhumé dans la cathédrale de Nantes puis à Tréguier en 1451.

Bilan de son règne

Grâce à cette politique de paix en pleine guerre de Cent Ans, la Bretagne jouit d’une paix et d’une prospérité sans précédent.
« Le règne de Jean V constitue une sorte d’âge d’or pour la Bretagne. »
Elle commerce avec tout le monde. Les liaisons maritimes sont actives, les ports animés ; les marchandises circulent, les bourgs et les villes se développent, l’artisanat et le commerce prospèrent.
Un Etat s’édifie.
Les trois ducs qui suivent pratiquent une politique très semblable.

FRANÇOIS Ier (de Bretagne)

Il règne de 1442 à 1450.
François est le fils aîné de Jean V.
Il confirme la volonté d’indépendance de son père mais en se rapprochant du roi de France Charles VII qui n’exige l’hommage-lige que pour les terres du duc situées en France.
En 1449, le duc François accorde officiellement le soutien militaire breton à la France et son aide permet la victoire de Formigny en 1450 et la libération de la Normandie.
Mais l’affaire de Gilles de Bretagne, son frère, étranglé au château de la Hardouinais, à l’insu du duc, laisse planer un soupçon de fratricide.
Il meurt en 1450 et est inhumé à Saint-Sauveur de Redon.

PIERRE II, le simple

Il règne de 1450 à 1457
- Pierre continue à appuyer la France mais de façon plus prudente, car la politique ducale est rigoureusement tournée vers l’indépendance.
- Il rend leurs biens aux Penthièvre, écarte le parti français de la cour.
- Il nie l’autorité du roi de France sur l’église en Bretagne (grande enquête sur les droits régaliens).
- Il légifère énormément pour améliorer la justice et les tribunaux, pour mieux organiser l’armée. On consulte de moins en moins les grands mais les Etats le sont.
- A l’extérieur, il établit des relations directes nouvelles avec d’autres souverains étrangers (Castille, Portugal) et refuse l’hommage-lige au roi de France et l’appel au Parlement de Paris.
En 1457, il meurt et est inhumé à Notre-Dame des Couëts, près de Nantes.

ARTHUR III, le Justicier

Clairement désigné par François Ier, c’est son oncle, Arthur de Richemont, connétable de France, qui devient duc.
Il règne de 1457 à 1458.
Comme les trois autres ducs avant lui, Arthur III prête seulement l’hommage simple pour la Bretagne et l’hommage-lige pour ses propriétés en France. (Voir texte de l’hommage).
En 1458, il meurt et est inhumé à la Chartreuse de Nantes. Ses restes se trouvent sous le mausolée de François II.

FRANÇOIS II et la lutte pour l’indépendance

Trente ans de règne : de 1458 à 1488
De 1458 à 1467 :
- En 1460, François fonde l’université de Nantes pour soustraire les jeunes clercs bretons à l’influence du roi de France.
- En 1461, il refuse l’hommage-lige à Louis XI qui soutient systématiquement tous les opposants au duc car il éprouve une « grande haine » contre la Bretagne n’admettant pas que le duc de Bretagne puisse avoir une politique étrangère séparée.
- Par le traité de Maure en 1465, le roi de France reconnaît l’indépendance de la Bretagne.
De 1467 à 1480 :
- La Bretagne pour isoler le roi, participe aux luttes féodales : le traité de Senlis en 1475.
De 1480 à 1488 :
- Pierre Landais, trésorier général du duché, écarte le chancelier Chauvin trop francophile, qui intrigue avec Louis XI : victoire de la bourgeoisie bretonne sur la haute noblesse francophile. En 1485 François II crée le Parlement de Bretagne.
Pierre Landais prépare la guerre tandis que les largesses royales assurent l’appui des grands à la cause française.
Mais Louis XI meurt (1483). En 1484, les grands seigneurs se soulèvent contre le pouvoir ducal et le trésorier Chauvin est pris et condamné à mort et ils appellent l’armée française.
En 1487, celle-ci pénètre en Bretagne . Les seigneurs ne défendent pas les places fortes de la frontière . Mais les paysans de Basse-Bretagne se soulèvent, aidés par les marins de Cornouaille, de Guérande et du Croisic, Nantes est délivrée et les troupes françaises quittent la Bretagne.
Elles reviennent en 1488. Les seigneurs se rallient au duc mais trop tard.
L’armée bretonne est écrasée à Saint- Aubin- du- Cormier le 28 juillet 1488
Vaincu, François II doit signer le traité du Verger en août 1488 qui interdit au duc de marier ses filles sans le consentement du roi de France mais laisse à la Bretagne son indépendance.

François II , fatigué et rempli de chagrin,meurt à Nantes le 9 septembre 1488 en laissant deux filles : Anne et Isabeau.
Le 8 février 1486, le duc François II avait réuni les Etats de Bretagne , à Rennes, et fait reconnaître les droits de ses filles, Anne et Isabeau, sous la foi du serment. Il avait ainsi protégé sa succession.

ANNE de Bretagne

Née à Nantes le 24 janvier 1477, Anne n’avait pas encore douze ans quand elle devient duchesse.
Elle règne de 1488 à 1514.
Les Bretons refusent de confier la régence au roi de France et la guerre reprend.
Anne n’hésite pas à vendre tous ses biens et même à contracter un emprunt pour défendre l’indépendance de son duché.
Nombreux sont les candidats au mariage avec Anne de Bretagne. Pour sauver son duché, Anne accepte Maximilien d’Autriche qui l’épouse par procuration en Novembre 1490.
En 1491, Charles VIII entre dans Nantes, livrée par trahison. Les troupes françaises occupent toute la Bretagne « sauf Rennes et la fille qui était dedans. »
Charles VIII demande la main de la duchesse. Le cœur brisé, Anne doit épouser son ennemi vainqueur ! ...

Le mariage est célébré au château de Langeais le 6 décembre 1491. D’après le contrat « Si le roi meurt sans laisser d’enfants, Anne ne pourra se remarier qu’avec le nouveau roi, ou du moins avec le plus proche héritier de la couronne... Si elle décède avant lui, sans laisser d’enfants, Anne cède au roi tous les droits qu’elle peut avoir sur le duché de Bretagne ».
La Bretagne est donc confisquée .... Cependant les droits bretons restent sauvegardés et Anne saura rester toute sa vie Duchesse de Bretagne, tout en étant reine de France.
Charles VIII meurt le 7 avril 1498, Anne rétablit la chancellerie.
Le nouveau roi Louis XII réussit à faire annuler son premier mariage et Anne l’épouse en Janvier 1499. Mais cette fois c’est elle qui dicte le contrat. Le roi doit reconnaître l’indépendance de la Bretagne et le duché doit passer au deuxième fils de la duchesse et non au premier qui, lui, est héritier du trône de France. A défaut d’enfants, la Bretagne revient de droit à ses héritiers naturels donc à des Bretons. Elle obtient le départ de toutes les troupes françaises.
Mais Louis XII fait échouer le projet de mariage de leur fille Claude avec le petit-fils de Maximilien d’Autriche et décide, contrairement au contrat de mariage avec Anne, que Claude épousera François d’Angoulême, héritier présomptif du trône de France.
Pour montrer son mécontentement, elle se retire en Bretagne, saisissant l’occasion d’un vœu qu’elle avait fait à Notre-Dame du Folgoët. Elle en profite pour rester en contact avec son peuple, visitant villes et bourgs. Elle reçoit partout un accueil triomphal qui montre l’attachement profond que garde le peuple Breton à sa duchesse royale. Son voyage se prolonge cinq mois.

Elle ne perd pas l’occasion de montrer qu’elle est seule souveraine en Bretagne.
Elle entend développer la puissance navale de son duché (ex. la construction de la « Marie-Cordelière », un des plus beaux et des plus forts bateaux de son époque).
Elle meurt de maladie en janvier 1514.
Son corps est inhumé dans l’abbatiale de Saint-Denis (nécropole royale).
Son cœur se trouve à Nantes en Bretagne, selon sa volonté.

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