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Aperçus de l’Histoire de nos cousins d’Ecosse

D 20 octobre 2013     H 14:41     A     C 0 messages


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Il est souvent intéressant pour les Bretons de s’extraire de l’histoire dominante et de chercher à connaître celle des autres peuples minorisés, surtout s’ils sont de culture proche.

Depuis les origines préhistoriques des populations préceltiques jusqu’à l’époque contemporaine, l’histoire écossaise est avant tout celle d’une longue résistance à des forces supérieures en même temps qu’une capacité extraordinaire à intégrer des populations diverses, les fusionner par la culture celtique pour construire une nation écossaise multilingue.

Les peuples de l’Écosse sortent de l’ombre et entrent dans l’histoire par la conquête romaine de la Grande Bretagne, comme beaucoup d’autres peuples du Nord de l’Europe antique.

Les historiens latins Tacite et Dion Cassus décrivent des populations farouches qu’ils nomment Pictes car ils se peignaient le corps pour combattre, peut être pour se reconnaître entre eux car ils ne portaient pas d’uniformes comme les soldats romains. Les historiens et les archéologues ne savent pas si ces populations étaient celtiques. Ils vivaient dans les Hautes Terres au nord du pays. Par contre les peuples du sud de l’Écosse étaient des Bretons. Ces populations, comme celles du reste de la Grande Bretagne étaient des Celtes donc proches parents des Gaulois du continent.

Pendant les 3 siècles d’occupation romaine les Légions seront toujours sur la défensive face aux Brito-Pictes et les batailles furent très nombreuses. Pour tenter d’arrêter leurs incursions les empereurs romains construisent une ligne de fortifications, le mur d’Hadrien, élément local du Limes fortifié qui clôt tout le territoire impérial. Ainsi les remparts romains constituent-ils depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours la frontière tangible, inscrite dans le paysage, entre Écossais et Anglais. Dès le début de son histoire le peuple d’Écosse dispose d’un territoire délimité par la mer et le rempart romain ainsi qu’une langue celtique dominante qui est de fait l’une des ancêtres de notre Brezhoneg actuel.
Sceau de Robert 1er de Bruce (1306-1329)

Au nord du Mur Romain les guerres sont permanentes entre les clans, alors qu’au sud le Romano-British, comme les appellent les historiens modernes, connaissent les bienfaits de la « Pax Romana ». Tandis que le pays se couvre de villes véritables reliées entre elles par un réseau routier remarquable favorisant les échanges économiques et culturels. Les révoltes contre Rome éclatent pourtant périodiquement mais ne sachant pas s’unir les Bretons de l’Antiquité ne peuvent vaincre les colonisateurs romains avant que l’Empire ne tombe de lui même en décadence. Néanmoins, à la différence de leurs frères gaulois, ils réussissent à sauver leur langue celtique et leur religion druidique. En 367 les Romains sont vaincus militairement, semble-t-il en rase campagne, par une union des Celtes pour une fois rassemblés. Les historiens romains appellent cette défaite « le Grand Complot ». En 410 les troupes romaines quittent la Grande Bretagne et l’empereur Honorius remet le gouvernement du pays, avec une certaine élégance, aux multiples roitelets bretons, pictes et brito-romains. Ce qui tendrait à prouver peut être qu’un certaine forme de pouvoir breton avait réussi à survivre à l’occupation étrangère. Honorius n’avait pas le choix car cette même année les Ostrogoths germaniques envahissent la ville de Rome et il rassemble toutes ses troupes pour reconquérir sa capitale. Les Romains partis, les Bretons recommencèrent immédiatement leurs querelles tribales, ce qui permit aux Irlandais à l’Ouest et aux Saxons à l’Est d’envahir la Grande Bretagne.

On aurait pu croire alors à la fin de l’Écosse celte, mais il n’en fut rien. Une succession de princes locaux entreprirent de faire l’unité, comme Malcom Ier, en s’appuyant sur l’Eglise Catholique Celtique qui convertit tous les peuples britanniques à cette forme originale de christianisme mélangeant des éléments druidiques à l’Evangile. Cette religion chrétienne propre aux Celtes était très proche du catholicisme romain sur le plan théologique, elle différait seulement par des traditions culturelles particulières maintenues dans les grands monastères qui formaient les moines et les nonnes dans tous les pays celtes du Nord de l’Écosse à la Galice au Nord de la péninsule ibérique.

Ce sera également la religion amenée en Armorique par les Bretons émigrants de Grande Bretagne du 5e au 7e siècle, où elle joua sans doute un rôle comparable d’unification des populations, notamment dans les campagnes armoricaines où les ruraux étaient demeurés de religion druidique pour l’essentiel. Les moines et les nonnes au style religieux imprégnés de druidisme leur semblaient plus proche que les prêtres romains. Ainsi se créa un maillage paroissial où fusionnèrent Bretons, Armoricains et Gallo-Romains, bâtissant ainsi une identité commune et constituant le territoire breton historique.

Cette religion sut maintenir également pendant quelques siècles les liens entre les rescapés celtes de l’Antiquité constituant ce que nous appelons aujourd’hui les Celtes atlantiques dont Breizh occupe géographiquement le centre.

Les Écossais et les Bretons britanniques, alliés au Viking Rognvald furent vaincus par le roi anglais Athelstan en 973 puis le roi écossais Kenneth II et le roi anglais Edgar décidèrent d’un accord : le royaume d’Écosse devenait le vassal de celui d’Angleterre dans le cadre du système féodal.

Mais cette situation n’empêchait pas les révoltes écossaises lorsque les seigneurs anglais abusaient de leur pouvoir. Ainsi éclata la révolte menée par William Wallace, puis la reconquête de l’indépendance quand Robert Bruce écrasa l’armée anglaise à Bannockburn (cf le film Braveheart) en 1314. Sur le long terme les révoltes celtes menées par des chefs de clans souvent rivaux ne pouvaient égaler l’armée anglaise devenue une armée permanente constituée de professionnels bien entraînés. Il n’était pas très difficile à la diplomatie de Londres de diviser les clans. En 1707 l’Écosse perd le peu d’indépendance qui lui restait.
William (Braveheart) Wallace (1272-1305)

A cette période elle est peuplée d’environ un million d’habitants, tandis que l’Angleterre en comptait cinq. Le peuple écossais était devenu très pauvre par comparaison avec ses voisins puisque leur revenu national était 1/38e de celui des Anglais. Les 4/5 des habitants sont des agriculteurs menant une vie misérable d’où leur émigration massive vers l’Amérique et la Nouvelle-Zélande. En 1620, mille-deux-cent Livres écossaises ne valent que cent Livres Sterling.

Le réveil celtique de l’Écosse se situe au 19e siècle, comme celui de la Bretagne et d’autres peuples européens, que l’on pouvait penser totalement absorbés culturellement par leurs puissants voisins. Ce fut le « Printemps des Peuples ». Mais à l’exception de l’Irlande les peuples celtes atlantiques ne connaissent qu’un réveil culturel, la politique en est absente. La Poésie de Mac Pherson avec « Ossian » ainsi que les romans de Walter Scott accompagnent les danses populaires des Highlands, et le port du Kilt. Le peuple écossais retrouve ses repères culturels comme les Bretons à la même période avec Chateaubriand et les collecteurs de chants, de danses et de légendes avec La Villemarqué et Luzel. Le Romantisme naissant restitue un passé inconnu de Druides, de Bardes, de Rois et de Chevaliers.

Mais les Écossais restent avant tout des Britanniques et servent la Couronne avec loyauté. Leur intégration politique semble définitive comme celle de leurs cousins d’Outre-Manche.

La première guerre mondiale a un effet révélateur dans les deux pays. Les troupes écossaises lui payent un lourd tribut, un cinquième des pertes britanniques. Ainsi à Glasgow on compte un homme adulte tué sur dix ! Et au retour les survivants ne trouvent que la misère et le chômage. Le 27 janvier 1919 a lieu une grande grève pour avoir du travail. Le 31 Janvier éclate à Glasgow une véritable insurrection ouvrière, ce fut le « Vendredi Rouge » et dès lors les idées socialistes se développent dans tout le pays.

Aux élections de 1922, alors que l’ensemble du Royaume-Uni vote pour une majorité conservatrice à Londres, les Écossais envoient au Parlement de Westminster 29 députés socialistes menés par David Kirkwood et Emmanuel Shinwell qui s’y font remarquer par leur véhémence. Malgré la tension durant cette période les Écossais ne soutiennent pas les Irlandais en révolte armée contre Londres du fait d’un « anti-papisme » développé par l’Eglise Presbytérienne dominante, ce qui arrange bien le pouvoir anglais.

Néanmoins durant ces troubles on constate une timide émergence du nationalisme écossais dans les milieux Travaillistes (Socialistes). George Buchanan dépose en 1924 une proposition de loi au Parlement pour un « Scottish Home Rule » soit l’autonomie. Mais cette proposition est repoussée à plusieurs reprises par l’Assemblée Britannique. En 1929 plusieurs petits mouvements écossais fusionnent et créent le NPS ou National Party of Scotland orienté vers le Socialisme. En 1934 le NPS s’unit au Scottish Party, plus conservateur pour former le SNP ou Scottish National Party. Mais son impact électoral demeure faible pendant longtemps. Par exemple en 1929 Mac Cormick, l’un des artisans de la fusion des micros partis écossais ne recueille que 5% des voix dans sa ville où il est très connu depuis les grandes grèves de 1919. En 1937 le SNP ne compte que 2.000 adhérents. L’éducation britannique et le prestige de son Empire colonial y est pour beaucoup. Il faudra attendre la décolonisation mondiale et ses chocs psychologiques pour que les Écossais réalisent que les colonies n’existent pas seulement Outre-Mer.
Winnie Ewing

De 1945 à 1960 les nationalistes celtes ne jouent qu’un rôle politique marginal, simplement ils envoient à chaque élection une majorité de députés du Labour Party alors que les autres Britanniques votent généralement Conservateurs. Dès 1960 le nouveau leader du SNP Ian Mac Donald développe la propagande de son parti dans tout le pays d’une manière systématique, en s’opposant aux partis anglais. Le SNP passe de 2.000 adhérents en 1962 à 120.000 en 1968. Pour la première fois les nationalistes envoient une des leurs à Westminster, Winnie Ewing. En 1974 il y a 11 députés nationalistes écossais au Parlement et l’action du SNP cesse d’être une sorte de folklore aux yeux de Londres. Mais les résultats électoraux demeurent volatils puisque en 1979 et en 1983 les nationaliste n’obtiennent que 2 députés et seulement 3 sièges en 1987 et 1992. Ceci alors qu’un sondage d’opinion en 1986 montre que 69% des électeurs se sentent exclusivement Écossais (Comment ne pas comparer avec la situation électorale bretonne actuelle ?). Il est vrai que le gouvernement anglais avait fait à l’Écosse des propositions très en deçà de la volonté du SNP, mais qui avaient su séduire l’électorat patriote. Ainsi les gouvernements de Edward Heath (conservateur) puis celui de Harold Wison (travailliste) proposèrent une « Chambre écossaise » incluse dans le Parlement anglais à Londres !

Mais la donne politique change considérablement dès que le SNP utilise l’argument économique du pétrole de la mer du Nord par un slogan-choc « It’s our oil » (c’est notre pétrole). Londres propose alors une loi de Devolution pour une sorte d’autonomie devant le succès grandissant des nationalistes devant l’opinion publique d’Écosse. Le référendum pour cette loi eu lieu le1er Mars 1979 et fut décevant : seulement 63,6% des électeurs allèrent aux urnes. Certes le OUI fut majoritaire mais ne représentait que 32,9% de l’électorat. Malgré cet échec, tout relatif, il apparut désormais sur la scène politique écossaise que l’apport des voix nationalistes était nécessaire au Labour Party (socialistes anglais) s’il voulait vaincre ses adversaires conservateurs.
Siège du Parlement écossais

En 1999 le travailliste Tony Blair, dont la mère est Écossaise, est élu triomphalement par les électeurs britanniques. Il fait paraître peu de temps après un Livre Blanc pour un Parlement d’Écosse à Edinbourg qui votera les lois dont le pays a besoin. Le 11 septembre de la même année a lieu un référendum sur la question, les Écossais répondent OUI à 74,4%. Durant toute la période des années 90 la tension fut souvent très forte entre Anglais et Écossais, mais sans autres violences que verbales. Un exemple entre autres, en 1993 le journal « Times », d’habitude mieux inspiré, osa publier l’article de Mathew Parris ancien député conservateur proche de Margareth Thatcher, violemment centralisatrice :

« L’indépendance, dites-vous ? Après tout pourquoi pas, si vous y tenez ? Le pétrole s’épuise, la pêche ne produit plus guère. Je ne vois pas ce qui, chez vous, vaille que l’on se batte pour le garder. Avez vous l’intention de créer un Etat démocratique ou quelque chose de tribal ? A propos, rendez-nous service : prenez avec vous les Gallois et les Irlandais du Nord. Ce sont tous des colonisés celtes comme vous, vous nous en débarrasserez ! »

La réponse du peuple écossais à ce genre de propos indigne d’un Démocrate est venue en 2012 quand les Écossais ont voté et que le SNP, mené par Alex Salmon, a obtenu 51% des voix en faveur de l’indépendance de l’Écosse, la Reine d’Angleterre devenant également Reine d’Écosse.

Maintenant les nationalistes écossais regardent du côté de l’Union Européenne comme tous les autres peuples minoritaires de notre continent, pour la prochaine étape de cette sorte de match multi séculaire. Quelle belle leçon de tenacité celtique ! En décembre 2012 le SNP compte 24.732 adhérents. Leur nombre s’est accru de 22% en un an.

SNP : info snp.org.
Loeiz Ar Beg

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