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1488 Al Lannoù Ruz

D 12 août 2014     H 18:27     A Ronan     C 0 messages


 • IL N'Y AURA PAS LA PAIX

La situation socio-économique à son apogée sous le règne d’Arthur III provoque la jalousie du roi français Louis XI, successeur de Charles VII qui avait admis la souveraineté bretonne. A son arrivée sur le trône ducal en 1458, François II ne se doute pas des intentions belliqueuses et fourbes du monarque ; il tente de contourner ces écueils pour maintenir en bon voisinage son auguste duché.
Neveu de Jean V, François II n’a que vingt-deux ans lorsqu’il prend le contrôle de la Bretagne. Il avait épousé trois ans plus tôt Marguerite de Bretagne, fille de François 1er et petite fille de Jean V, donc sa cousine germaine. Couronné à Rennes le 3 février 1459, il rend visite à Charles VII à Mont-Bazon où, comme ses prédécesseurs, il prête l’hommage simple. Il rentre à Nantes au château de la Tour-Neuve et grande fête est donnée. Comte d’Etampes, apanage breton, François II vit modestement, bien que féru de chasse et de plaisirs. Si Marguerite lui apporte le duché de Bretagne, il ne se montre guère redevable envers elle puisqu’il entretient de rapports très…rapprochés avec la pulpeuse Antoinette de Maignelais, de quinze ans son aînée, cousine d’Agnès Sorel (favorite de Charles VII) et veuve du sire de Villequier.
Deux ans plus tard, comme on le sait, Louis XI succède à Charles VII. Le duc François réitère l’hommage simple à Tours cette fois, plus facile à rejoindre, la Loire y sinuant.
Le nouveau monarque rumine déjà quelque manigance concernant ce si rayonnant Duché de Bretagne. Cynique et vaniteux, Louis XI échafaude une stratégie tortueuse pour s’accaparer ce « Pérou » quitte à faire preuve de la plus mauvaise foi et d’engager des moyens importants. Connu pour sa capacité au travail, autoritaire et despote violent, la morale lui importe peu, au point de souvent renier ses engagements ; il n’accorde de confiance à personne, pas même à son entourage : « son cheval portait tout son conseil ».
François II, jeune et sensible, réputé philanthrope, est non moins résolu à maintenir les prérogatives propres à la Bretagne. Traitant d’égal à égal avec les autres souverains, communiquant directement avec le pape, il reçoit d’ailleurs sans effort ces paroles du Saint Siège : « cette race forte, experte aux armes et aux lettres, qui longtemps avant le baptême du premier roi franc se montra initiée aux mystères chrétiens et n’avait depuis jamais apostasié ». En 1460, par une bulle de la papauté, autorisation est accordée de créer une faculté de théologie à Nantes ; on peut y voir une façon de se faire pardonner son refus de jadis d’octroyer un archevêché à la Bretagne.

Le roi français, Louis onzième du nom, en tacticien perfide, soudoie certains bourgeois bretons dressés contre le duc ; mais celui-ci accueille les féodaux révoltés contre le roi, notamment son frère Charles de Valois qui se dit lésé par si peu d’apanage, les duc de Bourgogne, du Berry…
Le monarque exclue notre duc François à la signature des accords de trêve avec Edward IV d’Angleterre en 1463. Mais la Grande-Bretagne fait échouer la manœuvre en consultant François II. Les adversaires du roi de France, résistants à trop de centralisation, fondent la Ligue du Bien Public avec les ducs précités et les comtes d’Anjou, de Laval, d’Armagnac et surtout de Charles le Téméraire de Bourgogne, adversaire le plus dangereux du roi qu’il humilie et emprisonne à Péronne en 1468 ! François II les rejoint bientôt.
La bataille de Mont Lhéry en 1465, à laquelle les Bretons ne participent pas, est un fiasco pour le roi, isolé car non suivi par les féodaux… Louis XI décide de se venger en envoyant des troupes occuper les Marches de Bretagne. Après s’être emparé de Champtoceau et accordé une trêve de douze jours, les soldats français menés par Nicolas d’Anjou de Pont-à-Mousson mettent le siège à Ancenis le 2 septembre. La garnison bretonne de 1500 hommes, sous les ordres du sire Jean de Rieux, ne résiste que quelques jours et capitule le 7 septembre 1468. Trois jours plus tard le Traité d’Ancenis, négocié sous les auspices de la papauté, est signé par le duc de Calabre pour le roi français et Guillaume Chauvin pour le duc de Bretagne, mettant fin aux incursions royales dans le duché. François II doit promettre en échange d’être bon serviteur du roi. Louis XI, ulcéré, signe encore à Saint Maur des Fossés, le 30 octobre de la même année, le fameux traité qui consiste à lui faire renoncer à une quelconque souveraineté sur les évêchés bretons et à restituer le duché de Normandie à son frère Charles de Valois, en échange du Berry. Trop préoccupé par sa soif de conquête en Bourgogne, le roi signe promptement un nouveau traité à Conflans ce qui confirme celui de St Maur. François II envoi des troupes en Normandie à destination de Charles de Valois qui ne parvient pas à reprendre ce fief mais doit promptement renoncer, contraint par le traité d’Ancenis.

Le duc profite de cette période peu troublée pour faire rénover et transformer certaines parties du château à Nantes. En 1471 il évite encore un nouveau piège de Louis XI qui invente à cette occasion un nouvel ordre de chevalerie ; en refusant ce « Collier de Saint Michel » François ne se soumet donc pas à cette forme de vassalité. Le roi français saisit ce prétexte, viole le traité de Conflans en envoyant une armée qui prend La Guerche, Ancenis et Machecoul. Pour soutenir les duc, des troupes anglaises débarquent par la Normandie (!). Louis XI retire ses troupes et signe la paix à Poitiers le 8 décembre 1472. Il paraphe encore un nouveau traité à Senlis en octobre 1475 qui restitue les places occupées aux frontières bretonnes. Le duc de Bretagne grappille ainsi quelques années de paix bien qu’il perde peu à peu de précieux alliés. La mort des ducs d’Alençon, de Normandie et surtout celle de Charles le Téméraire lui est autant pénible émotionnellement que stratégiquement. Pire, au sein même du conseil ducal, François II est trahi par Guillaume Chauvin, chancelier de Bretagne gravement corrompu par Louis XI. Chauvin est prompt à défendre les intérêts des religieux riches propriétaires ou des influents seigneurs. Pierre Landais, trésorier général et indépendantiste, négocie secrètement avec l’Angleterre en vue d’un contrat d’union. Informé, Louis XI en fait part avec morgue à François qui incarcère Chauvin illico, celui-ci ayant averti le roi des intentions du duc. L’alliance anglo-bretonne étant perdue, le despote en profite pour porter atteinte une nouvelle fois à l’intégrité territoriale de la Bretagne. Avec force trésor, cinquante mille écus d’or, il achète les droits sur le duché de Nicole de Penthièvre, lesquels ne lui appartenant point, ceux-ci ayant déjà été cédés contre espèces en 1448 à la couronne ducale.
En 1465 ces titres avaient d’ailleurs été définitivement confisqués à Jean de Brosse qui avait rejoint le parti du roi de France pendant la Ligue du Bien Public.
La loi salique, qui en principe est illégale en Bretagne, ne permet pas l’héritage de fief en faveur des femmes ; Nicole de Penthièvre, épouse de Jean de Brosse, arrière petite fille de Jeanne de Penthièvre n’est donc pas usufruitière des droits de son défunt époux. Comment peut-elle vendre un bien qui théoriquement ne lui appartient pas ? Devant tant de mauvaise fois, François II tente une alliance avec Edward IV d’Angleterre et Maximilien d’Autriche pour contrer la tentative d’annexion du duché. Mais Louis XI meurt en 1483. C’est sa fille Anne de Beaujeu, viscéralement ennemie de la Bretagne, qui prend la régence du royaume de France jusqu’à la majorité de Charles VIII de valois.
Les intrigues politiciennes n’empêchant pas les affaires commerciales, alors garantes de l’indépendance de la Bretagne, Pierre Landais gouverne le pays mieux que le duc ne l’espère. Il syndique les marchands bourgeois de Nantes, Rennes, Vitré et St Malo qui signent des partenariats contractuels avec le Portugal, l’Espagne, la Grande-Bretagne et même la Turquie. Mais il devient aussi l’objet des pires griefs depuis la sinistre mise à mort de Guillaume Chauvin, son arrogance à l’égard des nobles pro français finissent par attiser leur haine. Une quarantaine d’entre eux tentent de l’enlever en avril 1484 au château de Nantes ; croyant en une agression faite au duc, une meute de citadins met le gang en déroute. Landais a tout juste le temps de s’échapper en Anjou. Par un contrat avec Anne de Beaujeu les 22 et 28 octobre 1484 à Montargis, les seigneurs félons n’hésitent pas à sacrifier l’indépendance de la Bretagne et reconnaissent Charles VIII, héritier légitime de Nicole de Brosse, François II n’ayant pas de descendance mâle à ce moment.
Après les états généraux tenus à Blois et pour faire front à la conspiration, Landais rassemble une armée commandée par François d’Avaugour, fils du duc et de sa maîtresse Antoinette ; s’y unissent le sire d’Albret comte de Foix (rappelons que Marguerite de Foix est à ce moment la femme légitime de François II), de Dunois et surtout le duc Louis d’Orléans-Valois (comme on l’a vu, frère du Roy et futur Louis XII). La coalition menace les traîtres le 24 juin 1485 à Ancenis.
De reniements en voltes faces, les deux armées pactisent. Les conspirateurs commandés par Rieux et Coëtquen parviennent à enlever Landais qui est jugé arbitrairement par une commission des Etats pour violences commises contre Guillaume Chauvin, tout dévoué au roi faut-il le rappeler, pour népotisme et détournement : Landais avait confisqué les biens de l’évêque de Rennes, Jacques de l’Epinay, et du temporel de l’abbé de St Méen, tous gagnés à la cause française. Si Pierre Landais eut commis des fautes politiques, on lui a surtout reproché de défendre l’indépendance du duché. Il est pendu le 19 juillet 1485, avant que le duc n’ait le temps d’intervenir. « Landais fut en grand ministre à qui l’on doit des mesures favorables au commerce, à l’industrie, à la marine, l’agriculture, aux institutions et pour une grande part à la prospérité de la Bretagne pendant la deuxième moitié du XVe siècle. Ardent et fidèle breton, il combattit vingt-cinq pour le salut de la patrie et mourut à la peine » (La Borderie).
La régente Anne de Beaujeu poursuit les ambitions de son père, distribuant de grosses pensions
aux seuls féodaux bretons partisans de l’alliance française. Elle en profite pour confirmer à la veuve de Brosse la cession de ses droits sur le duché. Conscient des ces intrigues le duc crée le Parlement de Bretagne à Vannes, évitant ainsi celui de Paris. La chancellerie revient ensuite au Gascon Odet d’Aydie, à Jehan Châlons et à Rieux qui avait depuis peu abandonné le parti royal et trouvé refuge au fort de Châteaubriant, retrouvant son gendre François de Laval, gouverneur de cette place. Un traité de paix « perpétuel » est signé le 9 août par François II qui ne s’incline pas aux invitations de « bonne et vraie union », ce qui serait rien moins qu’un hommage lige, et ratifié par Charles VIII à Bourges le 2 novembre 1485.

Le duc se hâte de se chercher un successeur ; il réunit les états généraux à Rennes le 8 février 1486 et cède officiellement tous ses droits à ses filles Anne et Isabeau, la législation bretonne reconnaissant la transmission aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Même le sire de Rieux, pourtant signataire l’année passée du traité de Montargis sensé céder le duché au roi, prête serment de respecter l’Ordre de succession ducal.
A la mort de la duchesse Marguerite, le duc de Bretagne tente sans succès une nouvelle alliance avec Maximilien d’Autriche et l’Angleterre. Il reçoit à sa cour les ducs d’Orléans, le prince d’Orange, le comte de Dunois, entre autres seigneurs français mécontents de la régente qui les écrase d’impôts, pour fonder une ligue féodale. Les barons bretons se sentent évincés et le peuple voit d’un mauvais œil ces étrangers qui prennent trop de place dans la gouvernance bretonne, bien que parmi eux Philippe de Montauban fut depuis toujours fidèle à son pays.
Anne de Beaujeu imagine alors un nouveau stratagème en instrumentalisant l’idéal et la complicité des parties lésées, tels Rohan-père, Laval et le comte d’Avaugour, ce dernier écarté par son père François II car traître à la nation. En tout une cinquantaine de membres de la haute noblesse bretonne se réunit autour de Rieux à Châteaubriant en mai 1487, chez Françoise de Dinan qui est aussi comtesse de Laval et préceptrice de la jeune Anne de Bretagne.

Ils veulent trouver le moyen de chasser ces intrus qui prennent une part trop prépondérante dans les affaires de la cour ducale. Fort des promesses de la Beaujeu, l’archevêque de Bordeaux André d’Epinay promet cinq mille hommes à la noblesse bretonne révoltée, officiellement pour chasser les conseillers du duc. En échange les barons signent un contrat qui reconnaît les droits du roy sur le duché. La régente espère en fait pulvériser purement et simplement le gouvernement de François II. Les dissidents bretons associés aux renégats français concluent un processus d’occupation française en Bretagne. C’est la plus grande et la plus magistrale trahison qu’eut à souffrir la nation bretonne.

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